Le Québec est la province la plus importante en terme de superficie parmi les dix provinces et les trois territoires qui composent le Canada, deuxième plus grand pays du Monde. Bien qu'il pourrait contenir trois fois la France ou cinq fois le Japon, le Québec ne compte qu'environ sept millions cinq cent mille habitants, soit huit fois moins que la France. 80 % de sa population est regroupée près des rives du fleuve du Saint-Laurent, l'une des plus grandes voies navigables du Monde. Il y a quatre siècles, les premiers explorateurs européens pénétraient dans ces nouvelles terres en remontant le Saint-Laurent et s'établissaient de façon permanente au cap Diamant, actuellement la ville de Québec. La Haute-Ville est posée sur ce promontoire naturel et bénéficie d'une vue imprenable sur le fleuve du Saint-Laurent, qui, à cet endroit ne fait qu'un kilomètre de large. Cet étranglement est d'ailleurs à l'origine du nom de la capitale provinciale (appelée Capitale nationale), puisqu'en Algonquin (une des langues autochtones) le mot kebec signifie "là où la rivière se rétrécit". Surnommée le "Gibraltar de l'Amérique du Nord", Québec est aujourd'hui la seule ville fortifiée d'Amérique au Nord de Mexico. Enfin, en dépit de la présence du régime britannique pendant un siècle (1763-1867), le Québec reste le seul territoire où la langue française est majoritaire en Amérique du Nord, exception faite de l'archipel français de Saint-Pierre-et-Miquelon.
I/ La route directe maritime vers l'Asie se termine en Nouvelle France (1534 - 1763)
Jusqu'au début du XVIème siècle, le Québec était habité par des tribus amérindiennes désignées aujourd'hui par le nom de Premières Nations. Parmi les plus connues, nous trouvons les Inuit*(le peuple du Nord), les Algonquins (le peuple des terres), les Hurons-Wendat (le peuple du commerce), les Micmacs (le peuple de la mer), les Cris (le peuple des chasseurs), etc. Ces onze nations autochtones peuvent être regroupées en trois familles aux caractéristiques linguistes et culturelles distinctes : la famille eskaléoute formée par les Inuit*, la famille iroquoise (2 nations sédentaires et belliqueuses) et la famille algonquienne (8 nations nomades). Avant l'arrivée des Européens, les Amérindiens vivaient en harmonie avec la nature. Les femmes s'occupaient de la cueillette et de la confection des vêtements, tandis que les hommes se consacraient aux cultures, déjà complexes et diversifiées, mais dont la principale restait celle du maïs. La pêche à la morue et aux baleines dans l'estuaire du Saint-Laurent ainsi que la chasse pour les fourrures étaient également très développées. La graisse de baleine, une fois fondue, donnait de l'huile utile pour l'éclairage. Aussi, le tabac poussait de façon naturelle et les Amérindiens lui attribuaient des propriétés magiques et médicamenteuses. Ces nombreuses ressources intéressaient grandement les nouveaux venus. Dès 1534, les autochtones furent capturés et subirent les comportements abusifs des Français.
* L'orthographe et l'accord du mot "Inuit" respectent l'usage de la langue autochtone concernée.
La halte dans la forêt
Représentation d'une famille amérindienne à la mémoire des premiers habitants du Québec.
(bronze d'Hébert, devant l'entrée principale de l'Hôtel du Parlement)
1/ La France effleure le monde amérindien à partir de 1524
Pendant la Renaissance, une des ambitions européennes était de trouver une route directe maritime vers l'Asie. C'est ainsi que François Ier, Roi de France, mandata en 1524 Giovani da Verrazaner pour rejoindre l'Asie par l'Ouest en bateau. Il accosta quelque part sur la côte Est de l'Amérique du Nord et revint au pays, bredouille de toute nouvelle route maritime. Dix ans plus tard, Jacques Cartier, mandaté par François Ier pour trouver de l'or et un passage vers l'Asie, posa le pied sur le territoire québécois. Il est considéré comme le premier explorateur européen en terre canadienne, mais le britannique Jean Cabot avait déjà circulé dans le golfe du Saint-Laurent en 1497. Lors de son premier voyage, Cartier planta une croix à Gaspé et proclama la souveraineté de la France. Dès son second périple en 1535, Cartier navigua sur le Saint-Laurent jusqu'au village iroquois d'Hochelaga, aujourd'hui Montréal. Les conditions hivernales se montrèrent très difficiles pour les hommes de Cartier dont beaucoup décédèrent du scorbut. Cartier entreprit un dernier voyage pendant lequel il fit escale à Stadaconé (actuellement Québec) où il pensait trouver des pierres précieuses sur le piton rocheux faisant face au Saint-Laurent. Il baptisa ce promontoire naturel "cap Diamant". Il rapporta en France des pierres qu'il croyait être de l'or et des diamants mais l'analyse des minéraux révéla qu'il s'agissait de pyrite de fer et de cristaux de quartz. Voici l'origine de l'expression populaire "faux comme des diamants du Canada". La France tenta une nouvelle fois d'établir une colonie en commandant un expédition à Roberval. Ce dernier connut les mêmes déboires que Cartier en ce qui concerne la rudesse des conditions climatiques. Les guerres européennes faisant rage à cette période, la France cessa de s'intéresser à cette terre de glace pendant plus d'un demi siècle.

Portrait de Jacques Cartier (1491 - 1557)
2/ Samuel de Champlain, père de la Nouvelle-France : une société nouvelle.
En 1603, Samuel de Champlain fit jeter l'ancre de son voilier, le Don-de-Dieu, à Tadoussac. Il remonta ensuite la Saint-Laurent en barque et décida en 1608 de s'établir définitivement au pied du cap Diamant. Les Hurons et les Algonquins s'allièrent très tôt avec les colons français pour faire face aux attaques incessantes des Iroquois. Une série d'épidémies de maladies européennes décima néanmoins la population des Hurons à plus de 50 %. Avec ses hommes, Champlain érigea des bâtiments fortifiés que l'on nomma "l'Abitation". Cette date marque le début de la première occupation permanente française au Nord de la Floride. La ville de Québec, nouvellement formée, ne consiste qu'en un comptoir de commerce pour la traite des fourrures. Samuel de Champlain croit en la croissance de cette colonie aux bords du Saint-Laurent. Cet explorateur aux talents d'écrivain et de géographe (il laissa de nombreux récits de ses voyages et des cartes géographiques de très bonne qualité) était persuadé qu'il restait une multitudes de richesses à découvrir, hormis les fourrures. Cependant, Québec devint très vite la proie des rivalités qui opposaient l'Angleterre à la France et, intéressait par le fait, quasi uniquement les marchands français. En 1627, le cardinal Richelieu, Ministre de Louis XIII, créa la Compagnie de la Nouvelle-France (ou des Cent-Associés) pour promouvoir le développement économique et démographique de la colonie naissante. L'objectif était de permettre à 100 actionnaires français de se développer au Canada. Néanmoins, l'occupation britannique du Québec et de l'Acadie entre 1629 et 1632 ainsi que la capture de Champlain, mirent fin à la Compagnie des Cent-Associés.
Tromploeil racontant la vie à Québec à l'époque de Champlain (ville de Québec)
Bien que la France avait repris le contrôle de la colonie en 1632, le développement de la Nouvelle-France stagna quelque peu jusqu'en 1663. Louis XIV, ou plus justement son ministre des finances Colbert, décida de donner une impulsion décisive à la colonie pour favoriser l'établissement de la France en Amérique du Nord. De 1627 à 1663, la population de la Nouvelle-France se multiplia tout de même par 25, passant de 100 habitants à quelque 2500. Ce bon démographique s'explique par la venue de 1250 immigrants français, originaires pour la majorité des villes portuaires de l'Ouest et de la grande région parisienne. La natalité doubla ensuite le contingent. De façon très précoce, l'Eglise catholique s'installa en prenant le contrôle de l'éducation. En 1635, les Jésuites fondèrent à Québec le premier collège en Amérique du Nord pour garçons, et quatre ans plus tard les Ursulines ouvrirent les portes du séminaire pour filles dans la capitale de la Nouvelle-France. Les soeurs accueillaient les françaises de bonne famille, mais également des Amérindiennes pour les franciser. Durant le XVIIème et le XVIIIème siècle, plusieurs couples de missionnaires sont envoyés en Nouvelle-France pour convertir les autochtones au Catholicisme et trouver des nouvelles routes commerciales.
Le monastère des Ursulines (ville de Québec).
A partir de 1663, Colbert mit en place un gouvernement royal en Nouvelle-France. Il envoya sur une base durable des colons et importa le système seigneurial pour partager le sol et prendre racine. D'un point de vue politique, Le Ministre de la marine et des colonies, institué par le Roi, délègue ses pouvoirs au Gouverneur général du Québec. Ce dernier représente le Roi et exerce son autorité sur les ordres militaires et sur tous les autres membres de la colonie. L'Intendant, qui fait suite directement au Gouverneur dans la hiérarchie, est moins important en titre mais plus influençant puisqu'il exerce son pouvoir sur la Justice (les lois et les mesures sont celles de Paris), la Politique intérieure et les Finances publiques. Bien que la Nouvelle-France partage avec la métropole la même division sociale, seigneurs versus censitaires, une cohésion générale transparaît dans cette société nouvelle. La rigueur du climat, l'éloignement du pays et la diversité des provenances tendent à atténuer les distinctions sociales. Au milieu du XVIIIème siècle, 75 000 français vivent le long des rives du Saint-Laurent (Québec, Trois-Rivières, Montréal) et sont fiers de leur caractère canadien. L'instruction publique s'organisa. La méthode française et les manuels scolaires furent importés de France. L'Eglise catholique étendit son pouvoir sur les âmes. Elle constituait une institution vitale pour l'équilibre de la société mais était toujours soumise aux décisions de l'Etat. Le système de santé se développa avec l'arrivée de nombreux médecins, chirurgiens et apothicaires en Nouvelle-France. La formation et la pratique étaient très réglementées. Dans les séminaires et les couvents, les apothicairies étaient tenues par les religieuses et les clercs. Enfin, l'économie de la Nouvelle-France était certes développée, mais peu diversifiée. Elle restait basée sur l'exportation de matières premières et l'importation de produits finis. La ville de Québec servait de porte d'entrée à la colonie. Les marchandises impliquées dans le commerce triangulaire entre le Canada, les Antilles et la métropole étaient transbordées dans son port.
3/ La guerre de Sept Ans : un tournant décisif en Amérique du Nord.
Jusqu'en 1689, la Nouvelle-France subit plusieurs séries d'attaques menées par les Iroquois qui étaient armés par les Britanniques. Sous la gouvernance de Frontenac, Québec résista au siège des forces britanniques conduites par l'amiral Phipps. Cette défaite mena à la signature du traité de Ryswick qui mit fin à la première guerre inter coloniale. En 1701, la paix fut également signée avec les Iroquois, on parle de la Grande paix de Montréal. La pression britannique ne cessa toutefois de croître pendant la première moitié du XVIIIème siècle et prit fin par la célèbre bataille des plaines d'Abraham en 1759. Il faut replacer cette bataille dans le contexte de l'époque. La guerre de Sept Ans (1756 - 1763) oppose la Grande-Bretagne et la France depuis trois ans. Les colonies britanniques décidèrent de s'unir pour ne finir avec la Nouvelle-France. En 1755, sous la décision de Lawrence (Gouverneur de la Nouvelle-Ecosse), plus de 7000 Acadiens sont déportés vers la côte américaine pour éviter qu'ils nuisent dans le conflit. On parle toujours du Grand Dérangement. Le 13 septembre 1759, après deux mois de combats, les troupes britanniques du général Wolfe vainquirent celles marquis de Montcalm. Les forces françaises, prises par surprise, furent anéanties en 20 minutes. La bataille se solda par de nombreux morts dans le clan français. Montcalm et Wolfe furent blessés mortellement durant cette bataille. En 1760, les Britanniques s'emparent de Montréal et en 1763, la Nouvelle-France est cédée à la Grande-Bretagne lors de la signature du traité de Paris qui mit fin à la Guerre de Sept Ans.

Mort du Général Wolfe.
Nul doute que la bataille des plaines d'Abraham à changer le destin des Québécois même si actuellement les historiens n'y portent plus une importance considérable. Bien que les points de vue divergent sur les conséquences de la conquête de 1760, il a souvent été dit que l'arrivée des Britanniques au pouvoir fut une chance car elle permit aux Québécois d'échapper à la Révolution française.
II/ De l'établissement du régime britannique à l'Acte d'Union (1763 - 1840)
1/ Négocier la cohabitation : l'ennemi devient occupant puis voisin
Pendant les négociations qui aboutirent à la signature du traité de Paris en 1763, Louis XV et ses conseillers préfèrent conserver la Guadeloupe pour son sucre et les îles de Saint-Pierre-et-Miquelon, pour permettre aux Français de pêcher en Amérique, plutôt que le Québec, territoire vaste, mais gelé 6 mois de l'année. La Grande-Bretagne, devenue souveraine de la colonie, rédigea la Proclamation Royale pour la Nouvelle-France qui devint "the Province of Québec" (traduit par "Colonie du Québec en français). Cette constitution prévoyait l'assimilation des Canadiens français à moyen terme. Dès 1763, sous la gouvernance de Murray, Londres exprime sa volonté d'établir l'Eglise Anglicane tant en pratique qu'en principe et commande la construction de la cathédrale Holy Trinity à Québec. Afin de britanniser les Canadiens en quelques décennies, les élites françaises sont écartées du pouvoir et la pratique de la religion catholique est plus difficile qu'auparavant puisque la religion protestante est la seule reconnue comme officielle.
La cathédrale anglicane Holy Trinity (ville de Québec)
Pendant les trois premières années, les Britanniques luttèrent contre la révolte des tribus amérindiennes alliées à la France et entre 1760 et 1770, de nombreux français, principalement des aristocrates, retournèrent en métropole. Cependant, suivant le désir du Roi Georges III de britanniser ses nouveaux sujets sans révolution, l'Acte de Québec fut rédigé en 1774. Il reconnaissait les lois civiles françaises et accordait plus d'autonomie à l'Eglise catholique. L'objectif de cet Acte était de'atténuer les velléités d'assimilation afin d'éviter l'expansion des troubles dans les colonies américaines au Canada.
Après l'indépendance américaine en 1783, le Québec vit s'installer sur son territoire les loyalistes américains. A cette période, les marchands britanniques et les réformateurs canadiens réclament une chambre d'Assemblée pour pouvoir donner leur avis dans l'administration du pays. Les réfugiés américains désirent, au contraire, continuer de vivre avec les lois anglaises. En réponse à cette discordance, la Loi constitutionnelle de 1791 divisa le territoire en deux régions : le Haut-Canada (aujourd'hui l'Ontario), anglophone et peu peuplé, et le Bas-Canada (aujourd'hui le Québec), francophone et très peuplé. Suite à cette césure, la majorité française obtient un droit de regard sur le Gouvernement mais Londres maintient l'essentiel du pouvoir par l'intermédiaire du Gouverneur . En effet, la démocratie reste limitée par le droit de veto de ce dernier. C'est le début du bras de fer entre le Bas-Canada et la métropole.
2/ Les soulèvements des Patriotes (1837 - 1838)
En 1826, Louis-Joseph Papineau pris la tête du Parti Patriote, rejeton du Parti canadien créé en 1815 et dont l'objectif principal était l'obtention de l'autonomie du Bas-Canada. En 1926, Papineau réclama l'autonomie matérielle du Bas-Canada puis en 1834, le Parti patriote soumit à Londres 92 résolutions qui demandaient l'établissement d'un gouvernement formé de gens élus qui prendraient les décisions à la place du Gouverneur imposé par Londres. Devant le refus sans appel de Londres, le processus de radicalisation se mit en marche et aboutit aux soulèvements de 1837 et 1838. La rébellion gagne également le Haut-Canada et l'armée britannique est envoyée sur place pour mater l'insurrection. Les patriotes remportèrent les deux premières batailles puisse virent affliger de nombreuses défaites. Le clergé profita de la déroute des patriotes pour prendre les commandes et étendre son pouvoir. "Les révolutionnaires pensent abolir les classes : ils rétablissent une hiérarchie encore plus dure." (extrait de Notes et contre-notes, Eugène Ionesco).
3/ La réunification des deux Canada
Suite aux émeutes de 1837/1838, Lord Durham fut envoyé au Québec par Londres pour analyser la situation. De son célèbre rapport (le rapport Durham), il ressortait la nécessité d'unifier les deux Canada et d'adopter un gouvernement responsable. Il en résulta le vote par la métropole de l'Acte d'Union en 1840. Cet acte donna le même nombre de voix à l'Assemblée au deux Canada et faisait de l'anglais la seule langue officielle. Ce n'est qu'en 1849 que le gouvernement responsable fut établi par le parti réformiste. Louis-Hippolyte Lafontaine, juriste et partisan de Papineau, pour le Canada Est (Bas-Canada), travailla avec Robert Baldwin, pour le Canada Ouest(Haut-Canada), afin de tenter de faire naître un sentiment d' identité commune au sein de la population. L'alliance réformiste entre le Canada Est et le Canada Ouest forma le Canada-Uni.
Hôtel du Parlement (ville de Québec)
III/ De la Confédération canadienne à la fin de la Grande noirceur (1867 - 1959)
1/ Le Québec en route vers l'indépendance.....
En 1867, suite à l'accord entre le parti conservateur et le parti libéral, l'Acte de l'Amérique du Nord britannique créa la confédération canadienne, proclamée le 1er juillet 1867. Il en résulta la formation du Dominion du Canada et des provinces du Québec, de l'Ontario, du Nouveau-Brunswick et de la Nouvelle-Ecosse. L'Acte de l'Amérique du Nord britannique, actuellement mentionnée sous le terme de la Loi constitutionnelle de 1867, définissait la répartition des pouvoirs entre le gouvernement fédéral et les gouvernement provinciaux, formés chacun d'un parlement élu. Le Parlement du Québec ( ~ assemblée législative) prendra le nom d'Assemblée nationale un siècle plus tard. Une partie de la Loi constitutionnelle de 1867 était réservée aux clauses spécialement conçues pour préserver le caractère distinct du Québec. Depuis cette date, le Québec n'est plus soumis à la Common law britannique et l'utilisation du français comme de l'anglais est approuvée au sein des différentes institutions provinciales. Les progrès acquis par les Canadiens français n'étaient pas négligeables, mais la protection de leurs droits restait fragile.
Qu'en est-il des droits des Autochtones ?
Pendant ces trois siècles de colonisation, les Amérindiens furent repoussés dans l'arrière pays et leurs droits se virent ignorés par les pouvoirs politiques français puis britanniques. En 1850, le Parlement canadien créa les premières réserves indiennes afin de protéger les territoires des autochtones. Cependant, le résultat de cette initiative n'était pas à l'avantage des Indiens puisque la superficie des territoires qu'ils occupaient fut grandement diminuée. En 1876, la Loi sur les Indiens entra en vigueur. Elle définissait le statut des Indiens, la gestion des terres des réserves et de l'argent détenu en commun par les Indiens ainsi que les règles du commerce entre les réserves indiennes et la population non indienne dans les terres autochtones. Notons cependant que la Loi sur les Indiens était imprégnée d'une attitude, à la fois paternaliste et raciste, de la part des dirigeants européens qui cherchaient à servir leurs intérêts économiques. Seuls les Inuits furent épargnés par cette loi mais les ressources de leur territoire furent rapidement convoitées. L'établissement des réserves fit naître au sein des Canadiens français un mouvement anti-conscription. Aujourd'hui, la Loi sur les Indiens existe toujours mais elle a subi plusieurs modifications. En 1969, la proposition d'abolition de la loi sur les Indiens fut rejetée par les Autochtones qui craignaient de voir leurs droits territoriaux diminués. En 1975, la Convention de la baie de Saint-James reconnaît des droits aux Indiens sur les ressources de leurs territoires et en 1982, l'existence des droits aborigènes est confirmée.
Wampum : ceinture tissée avec des coquillages blancs et violets de la côte Atlantique. La wampum est un objet sacré pour les Amérindiens. Il est notamment offert lors d'évènements solennels tels des alliances ou des accords de paix. Les wampums ont également servi de monnaie d'échange pendant la colonisation européenne.
2/ ...... et la modernité.
Durant le XIXème et le XXème siècle, le Québec fut une terre d'accueil pour la population des îles britanniques, princpalement pour les Irlandais pendant la Grande Famine, puis pour la population du bassin méditerrannéen. Parallèlement à cette émigration européenne, de nombreux québécois immigrèrent aux Etats-Unis entre 1830 et 1930. Le Gouvernement mit alors en place un plan d'action pour peupler l'arrière pays en promouvant l'exploitation et la transformation de la forêt. Cette étape est communément appelée "la Reconquête".
Au XIXème siècle, Le Québec suivit les traces de la métropole qui avaient déjà commencé sa révolution industrielle. Le long de la vallée du Saint-Laurent, les établissements industriels et commerciaux se font plus nombreux et deviennent plus importants en taille. Montréal affirma sa première place de zone d'échange et de transit à partir de la moitié du XIXème siècle (création du chenal du Saint-Laurent, construction du pont Victoria....). C'est à cette même période que le personnage fictif John O'Connor est créé pour illustrer le sens de l'organisation syndicale faisant face à la brutalité du Capitalisme. La gestion de l'urbanisation fut, par contre, un problème majeur étant donné la croissance rapide des quartiers ouvriers dans les grandes villes. La construction d'aqueducs pour acheminer notamment l'eau potable, la créations de réseaux d'évacuation des eaux usées, ainsi que de systèmes de transports, constituèrent de véritables défis pour les autorités québécoises. L'explosion est également culturelle avec le développement de la presse à grand tirage dès 1880, l'arrivée du cinéma américain à partir de 1890 et la radio en 1920. AU début du XXème siècle, le Québec entra dans une seconde phase industrielle caractérisée par le développement de l'hydroélectricité, des alumineries et des industries à papier. En 1900, la première Caisse populaire Desjardins vit le jour à Lévis. L'économiste Alphonse Desjardins voulait rendre le crédit accessible aux classes populaires et favoriser l'habitude d'épargne afin de diminuer l'influence des riches. Enfin, en 1931, le Canada se vit attribuer par le Royaume-Uni une plaine autonomie par le Statut de Westminster. Au cours du XXème siècle, le Québec devint une province avec une puissante force de production dans un pays autonome, mais son économie dépendait encore très largement des marchés américains et britanniques.
3/ La grande Noirceur (1944-1959)
En 1936, l'Union nationale, fondée un an auparavant, prit le pouvoir au Québec avec sa tête Maurice Duplessis. Ce dernier fut au pouvoir jusqu'en 1939, puis de 1944 à 1959. Entre 1939 et 1941, la période considérée comme "le Rattrapage" est reliée au Premier ministre Adélard Godbout. Instaurant un gouvernement libéral, Godbout est à l'origine du droit de vote pour les femmes, de la scolarité obligatoire pour les enfants, de la nationalisation partielle d'HydroQuébec, du code de travail et du projet de la création de la RAMQ (Régie d'Assurance Maladie au Québec). Dès 1944, le retour de Duplessis au pouvoir maintint le Québec en retard sur le reste du Canada dans les domaines de l'éducation, de l'économie et des lois sociales, et ce jusqu'à la mort de ce dernier. Duplessis se qualifia d'autonomiste pour protéger son esprit conservateur et installa un système paternaliste offrant une place prépondérante au pouvoir religieux. Le favoritisme, les relations personnelles atteignirent leur paroxysme pour la seconde moitié du XXème siècle. Duplessis prit également des mesures contre les réformes sociales mises en place et le syndicalisme. Malgré tout, Duplessis resta un Premier ministre populaire. Enfin, dans le but de défendre l'autonomie provinciale, il fit adopter en 1948 le drapeau fleurdelisé (une décision réclamée depuis longtemps par le mouvement nationaliste) qui symbolise entre autres cet esprit de résistance aux initiatives d'Ottawa. Le 21 janvier 1948, le fleurdelisé flottait au sommet de la tour centrale de l'hôtel du Parlement. Les fleurs de lys n'étaient pas encore présentent, elles furent ajoutées plus tard.

Maurice Duplessis (1890 - 1959) et l'Eglise
"L'intrépide défenseur de nos droits. Coopération : oui. Assimilation : jamais"
Remarque sur la devise du Québec : "Je me souviens".
Eugène-Etienne Taché fit gaver dans la pierre la devise en dessous des armes du Québec qui surplombent la porte principale du Parlement. Elle fut utilisée pendant plusieurs décennies et son caractère officiel fut renforcé en 1939 lors de l'adoption des nouvelles armoiries du Québec. LA devise est inscrite sur le listel.
IV/ De la révolution tranquille à aujourd'hui.
1/ La révolution tranquille : "Maîtres chez nous" (années 1960)
Les dernières résistances à la modernisation des offices publiques et aux avantages de l'Etat providence furent balayées par l'arrivée au pouvoir de Jean Lesage qui lança pendant sa campagne électorale de 1962 le slogan "Maître chez nous". Il établit un gouvernement libéral et fit entrer le Québec dans une phase de modernisation accélérée économique et sociale. Cette modernisation fit néanmoins ressortir l'idée d'indépendance. A partir de 1963, un groupe de séparatistes extrémistes, le Front de Libération du Québec (FLQ), commit des dizaines d'attentats à la bombe contre les intérêts britanniques au Canada. Le 23 juillet 1967, le Général Charles De Gaulle s'adressa, du balcon de l'hôtel de ville de Montréal, à une foule qui le saluait comme un libérateur. Il termina son discours par les mots célèbres : "Vive Montréal ! Vive le Québec ! Vive le Québec... libre ! Vive le canada français et vive la France !". En octobre 1970, le FLQ assassina un ministre du gouvernement québécois, Pierre Laporte. A la demande du Premier ministre, Robert Bourassa, et du Maire de Montréal, Jean Drapeau, l'armée canadienne descendit dans les rues de Montréal et arrêta plus de 500 leaders d'opinions québécois. Cet évènement marqua la fin de l'extrémisme dans le mouvement indépendantiste.

Portrait de Jean Lesage (1912 - 1980)
"Nous devons envisager les changements dans le contexte d'une situation mondiale."
2/ Le désir d'une indépendance politique refoulé.
En 1976, René Lévesque, chef du Parti québécois (parti souverainiste créé en 1968), gagna les élections provinciales et mit en place la loi 101 par laquelle le français devint la langue officielle du Québec en 1977. En 1978, René Lévesque expliqua devant l'Assemblée nationale sa volonté de modifier profondément le lien entre le Québec et le reste du Canada. Dans La nouvelle entente Québec-Canada, document que l'on qualifiera plus tard de livre blanc, le gouvernement en place défendait sa doctrine : "souveraineté-association". Ce terme était le slogan du Mouvement Souveraineté-Association, prédécesseur du Parti québécois. Selon le livre blanc, la "souveraineté-association" aurait permis au Québec de profiter des avantages économiques de l'union fédérale tout en bénéficiant de son indépendance politique. En mai 1980, le gouvernement péquiste appela la population aux urnes pour se prononcer en faveur ou non de ce projet. Le premier référendum du Québec se solde par un refus des votants à donner au gouvernement le mandat de négocier la "souveraineté-associatoin" (40 % en faveur du "OUI" versus 60 % en faveur du "NON"). Devant cet échec, le Parti québécois n'inscrivit pas cette option à son programme pour les élections de 1985 et perdit ces dernières. René Lévesque démissionna en juin 1985 et reprit sa carrière en radiotélévision et en journalisme.

René Lévesque (1922 - 1987)
"Il est un temps où le courage et l'audace tranquille deviennent pour un peuple aux moments clés de son existence, la seule forme de prudence convenable. S'il n'accepte pas alors le risque calculé des grandes étapes, il peut manquer sa carrière à tout jamais, exactement comme l'homme qui à peur de la vie."
De 1985 à 1994, le Parti libéral du Québec gouverna la province sous Robert Bourassa et Daniel Johnson. La problématique constitutionnelle ( la constitution avait été rapatriée par le gouvernement de Pierre Elliot Trudeau en 1982 malgré le désaccord du Québec) fut au centre des intérêts pendant cette période. L'accord du lac Meech, ensemble de propositions présentées par le Québec qui portait sur le caractère distinct du Québec et qui renforcait le rôle des provinces au sein de la fédération canadienne, laissa entrevoir une solution proche pour le statut du Québec par rapport au reste du Canada. Cet espoir fut néanmoins anéanti en 1992 avec le rejet par référendum de l'accort de Charlottetown. Ce consensus devait spécifier le statut juridique du Québec avec le reste du Canada.
3/ Du deuxième référendum du Québec à aujourd'hui.
En 1994, le Parti québécois revint au pouvoir, avec à sa tête Jacques Parizeau. Il avait promis, pendant sa campagne électorale, de tenir un nouveau référendum sur la souveraineté du Québec. le 30 octobre 1995, le deuxième référendum du Québec demanda à la population si elle acceptait que le Québec devienne souverain après avoir offert formellement au Canada un nouveau partenariat économique et politique. Le "NON" l'emporta avec 50, 6 % des voies (taux de participation = 94 %). En janvier 1996, Jacques Parizeau laissa sa place de Premier ministre à Lucien Bouchard, chef du Bloc québécois. Ce dernier préféra s'occuper de l'assainissement des finances publiques, tout comme son successeur péquiste, Bernard Landry, qui donna la priorité au développement économique du Québec. En avril 2003, le Parti québécois est battu par les libéraux dirigés par Jean Charest. Depuis 2003, le Premier ministre Jean Charest mène une politique de désengagement de l'Etat, notamment en favorisant les partenariats public-privé.
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